La proclamation de la gloire de Dieu chez Calvin
Dès la première traduction allemande de l’Institution[1], le concept de « Herrlichkeit » traduit en allemand le latin « gloria » et le français « gloire ».[2] On trouve en parallèle des concepts, en allemand, comme Glanz (splendeur), Helligkeit (clarté) , Ruhm (renommée), Vergnügen (plaisir), Erhabenheit (caractère sublime), Friede (paix), Glückseligkeit (félicité), Schönheit (beauté). Selon Calvin, la gloire de Dieu a trois dimensions.
1. « La gloire céleste de Dieu »
C’est la formulation de Calvin (Inst. IV 5,17). Le fait que Dieu réside au « ciel » signifie bien entendu « qu’il n’est point contenu en quelque lieu particulier, mais qu’il est partout et remplit toutes choses. Mais parce que notre ignorance et notre faiblesse d’esprit ne peuvent autrement comprendre ni concevoir sa gloire, il nous la signifie par le ciel, qui est la chose la plus haute et pleine de gloire et majesté que nous puissions contempler » (III 20,40). La gloire appartient essentiellement à Dieu. Dieu est gloire. La signification du ciel dépend de la présence du Dieu glorieux. S’il est absent, « le ciel est loin ». Si sa gloire resplendit, c’est divin, céleste.
Il ne faut donc pas situer Dieu, dans sa gloire, dans un au-delà par rapport au monde visible. Nous sommes au contraire abondamment environnés de signes qui nous indiquent visiblement la gloire de Dieu. « De quelque côté que nous jetions la vue, il n’y a si petite portion où pour le moins quelque étincelle de sa gloire n’apparaisse » (I 5,1). C’est surtout dans l’être humain, image de Dieu que le créateur désire montrer sa gloire « comme en un miroir » (II 12,6). Cependant, même lorsque l’éclat de cette gloire de Dieu se manifeste dans des signes extérieurs, il convient de la comprendre de façon spirituelle (I 15,3).
Pour le moment, on ne peut contempler la gloire de Dieu le Père que de manière indirecte. Ou, plus précisément, nous le pourrions, mais en fait nous ne le faisons pas. Cela tient au péché de l’être humain. « Tout ce qui est …excellent, doit être assujetti à Dieu » (IV 5,17). Mais si nous nous arrêtons à l’éclat des choses terrestres, « le monde, qui a été créé pour spectacle de la gloire de Dieu, soit lui-même son créateur ». Alors on dira : « Dieu est nature » (I 5,5). Et voici ce qui se passera : « Tant que le spectacle du monde sera grand à nos yeux, il affaiblira notre regard, de sorte que la gloire de Dieu se voilera, comme dans les ténèbres » (Commentaire de Tite 2,13; CO 52,424)
2. La gloire du Médiateur
Le Médiateur entre Dieu et les humains est « Dieu de gloire incompréhensible » (Inst. I 13,10), non pas Dieu le Père, mais son Fils unique. C’est la gloire qui indique sa divinité. Mais c’est en lui, vrai Dieu et vrai homme, que la gloire de Dieu apparaîtra à l’être humain qui, en raison de son péché, ne pouvait plus la voir. « Donc, lorsqu’on te dit que le Fils de Dieu est la splendeur de son Père, pense en toi-même que la gloire du Père reste invisible à tes yeux tant que son éclat n’apparaît pas en Christ… Car, quoique Dieu soit l’unique lumière qui doit tous nous illuminer, ce n’est que par le moyen de ce rayonnement-là qu’elle peut pénétrer en nous » (Comm. de l’épître aux Hébreux 1,3, CO 55,12). Il est profondément effrayant pour nous d’être confrontés sans intermédiaire à la gloire de Dieu, « jusqu’à ce que Jésus-Christ vienne en avant et se rencontre au milieu pour changer le trône de gloire épouvantable en trône de grâce » (Inst. III 20,17). La grâce de Dieu et sa gloire sont liées. « L’idée de gloire… désigne ce que la bonté de Dieu nous fait voir. Car rien n’est pour lui plus essentiel que sa bonté, en laquelle il veut se glorifier » (Comm. de l’épître aux Ephésiens 1,11; CO 51,152). Il « manifeste sa puissance de la manière la plus glorieuse en venant en aide à notre faiblesse » (Comm. de l’épître aux Colossiens 1,11; CO 52,82).
Et pourtant, la gloire de Dieu qui est ainsi devenue visible, la voyons-nous réellement ? Calvin répond : il est « possible de percevoir en Christ la gloire qui… est le témoignage certain de sa divinité ». Mais, « quoique la gloire du Christ ait pu être visible de tous, elle est restée ignorée de la plupart, en raison de leur aveuglement. Seuls quelques-uns, à qui le Saint Esprit a ouvert les yeux, ont aperçu la manifestation de sa gloire » (Comm. de Jean 1,14; CO 47,15). La révélation de Dieu en Christ n’a pas pour effet de produire un révélé où chacun pourrait venir se servir à sa guise. Ce n’est que par le Saint Esprit que nous sommes ouverts à la gloire de Dieu en Jésus Christ, mais de telle manière que nous saisissons cela sous la forme de la promesse de sa révélation future.
C’est pourquoi : « Partout où sera cette vive foi, il ne se peut faire qu’elle n’emporte toujours avec soi l’espérance du salut éternel » (Inst. III 2,42). On ne peut pas séparer l’espérance de la foi. Car « le Christ est l’espérance de la gloire » (Comm. de Colossiens 1,27; CO 52,97). « C’est par l’Évangile que nous percevons l’éclat de la splendeur de la gloire future que Dieu nous destine » (Comm. de Romains 5,2; CO 49, 89f.). Ce qui signifie : 1. Que l’Évangile de Jésus Christ nous donne l’espérance de la gloire à venir, 2. que la gloire se manifeste déjà dans l’Évangile, 3. que cette gloire est source de joie, car elle révèle la grâce de Dieu qui nous est accordée en Christ.
3. La gloire des enfants de Dieu
Dans la révélation attendue de sa gloire, Dieu la fera « rayonner de tous côtés, afin que tous ses élus puissent y avoir part » (Comm. de Tite 2,13; CO 52, 424). Cette participation nous est accordée par pure grâce (Inst. III 21,7). « C’est une œuvre admirable de Dieu qui fait que l’espérance de la gloire céleste puisse demeurer dans de fragiles vases de terre » (Comm. de Col. 1,27; CO 52,97). « Quoique, jusqu’ici, notre salut soit caché dans l’espérance, dans la mesure où nous nous considérons nous-mêmes, nous possédons cependant déjà en Christ la bienheureuse immortalité et la gloire » (Comm. d’Eph. 2,6; CO 51,164).
Ces deux propositions sont donc justes. « C’est par l’Évangile que nous percevons l’éclat de la splendeur de la gloire future que Dieu nous destine » (Comm. de Romains 5,2; CO 49, 89f.). Et aussi : « Bien que l’Ecriture enseigne que le Royaume de Dieu est plein de gloire, néanmoins tout ce qu’ elle en dit …est quasi enveloppé en figure jusqu’à ce que vienne le jour où le Seigneur se déclarera à nous face à face » (Inst. III 25,10). Nous avançons vers ce jour-là avec le « désir de la gloire de Dieu » (Comm. de Mt. 6,13; CO 45,203). Nous vivons encore dans la détresse. Ce n’est qu’alors que « le Seigneur transfère ses serviteurs …d’ignominie en gloire » (Inst. III 18,4). En attendant, ne nous laissons pas égarer et concentrons-nous avant tout sur Dieu et sur sa juste volonté.
Et ensuite ? « En apparaissant, le Christ chassera les brumes du monde, de sorte que rien ne puisse plus obscurcir l’éclat de sa gloire » (Comm. de Tit. 2,13; CO 52,141). Alors retentira la louange à Dieu que nous lui offrirons, la « louange de sa grâce souveraine » (Comm. d’Eph. 1,5; CO 51, 149). « C’est lorsque nous ne serons plus que les réceptacles de sa miséricorde que l’on pourra le mieux voir la gloire de Dieu parmi nous » (Comm. d’Eph. 1,11; CO 51,152). Parvenu à ce but, Dieu sera au centre, sans doute, mais pas sans ses créatures. Il les accueille, il les inclut en soi. Alors elles parviendront au repos et à la paix. « Les âmes fidèles, après avoir achevé leur terme de combattre et de travailler, sont recueillies dans le repos où elles attendent, avec joie la fruition de la gloire promise » (Inst. III 25,6).
Prof. Dr. Eberhard Busch, Göttingen
Traduction du texte original allemand
[1] Institvtio Christianae Religionis, Das ist Underweisung inn Christlicher Religion/ inn Vier Bücher verfasset. Durch Herrn Johannem Caluinum. Aus Lateinischer vnd Frantzösischer Sprach trewlich verteutscht, Heydelberg 1572.
[2] Institution de la religion Chrétienne par Jean Calvin. Nouvelle édition, par Frank Baumgartner, Genève / Paris 1888.
